Michael de Cock, nouveau directeur général et artistique du Théâtre de Liège, est l'invité d'ActueL. Un Flamand à la tête d'un théâtre liégeois cela peut sembler étonnant mais, pour ce romaniste de formation, postuler à Liège était une évidence.
Le Théâtre de Liège entame une nouvelle page de son histoire avec l’arrivée de Michael de Cock à sa direction générale et artistique. Succédant à Serge Rangoni, l’ancien directeur artistique du KVS, le Théâtre flamand de Bruxelles, arrive avec un parcours riche : metteur en scène, comédien de formation, écrivain, auteur et passeur entre les cultures. Dans cet entretien, il revient sur son installation à Liège, sa relation avec la francophonie et sa vision du rôle du théâtre dans la société.
Dès les premières minutes, le ton est donné : Michael de Cock ne découvre pas totalement Liège. Il y a déjà travaillé, notamment autour de Barber Shop Chronicles, spectacle présenté en ouverture de cette saison au Théâtre de Liège. Il connaît la ville, ses équipes culturelles, son énergie, et même certains de ses symboles populaires, jusqu’au Standard de Liège, qu’il évoque avec humour et simplicité. Mais diriger un théâtre dans une ville, ce n’est pas seulement y passer : c’est apprendre à l’habiter.
Un Flamand à Liège, entre évidence et surprise
Sa nomination a suscité un certain étonnement : un Flamand à la tête du Théâtre de Liège. Michael de Cock assume ce paradoxe. Pour lui, le dialogue entre les scènes flamande et francophone n’a rien d’anormal. Il rappelle ses études en lettres romanes, son intérêt ancien pour le théâtre francophone et ses nombreuses collaborations avec des institutions belges et européennes. Là où certains voient une frontière, il voit un espace de circulation, de coproduction et de découverte.
Le choix de Liège s’explique aussi par le rayonnement du Théâtre de Liège. Michael de Cock insiste sur la transformation de l’institution ces deux dernières décennies : un théâtre ancré localement, mais qui s'est fait remarquer au niveau européen. Cette double dimension, territoriale et internationale, l’intéresse particulièrement. Il évoque aussi son envie d’ouvrir encore davantage les perspectives, vers l’Afrique, l’Amérique latine ou d’autres scènes artistiques.
L’audace comme ligne de force
L’entretien revient longuement sur Barber Shop Chronicles, spectacle consacré notamment à la masculinité noire et aux voix afro-descendantes. Michael de Cock y explique une posture rare : savoir se mettre en retrait lorsque d’autres sont mieux placés pour parler. Il raconte l’importance de l’écoute, du partage de responsabilité et de la justesse dans un projet porté par une forte charge culturelle et politique.
Cette réflexion mène naturellement à sa vision du théâtre. Michael de Cock refuse d’opposer répertoire et création contemporaine. Il défend les deux, à condition qu’ils restent traversés par le risque, la vulnérabilité et l’audace. Dans un secteur soumis aux contraintes budgétaires, aux évaluations et aux tableaux Excel, il revendique un théâtre généreux, vivant, capable de prendre position sans perdre son exigence artistique.
Quelle place pour la culture dans la société ?
L’un des moments forts de l’échange concerne la défense de la culture. Pour Michael de Cock, le théâtre subventionné n’est pas un luxe, mais un choix de société. Il pose une question centrale : voulons-nous encore des lieux où l’on peut rêver, réfléchir, se regarder collectivement et imaginer demain ? À travers cette discussion, l’entretien dépasse largement la programmation d’une institution culturelle. Il interroge la place de l’art, de l’enseignement, du soin et du lien social dans nos démocraties.
Avant de savoir qu'il allait postuler à la direction du Théâtre de Liège, son spectacle "Paris et Miki" avait été programmé en janvier 2027 au Théâtre de Liège. Inspiré de son livre Seule l’imagination peut nous sauver, il prolonge cette réflexion. Présenté comme un dialogue avec le public, il explore ce que la culture peut encore provoquer après les crises récentes, notamment lorsque les artistes ont été qualifiés de non essentiels.
Un théâtre pour tous les Liégeois
Michael de Cock accorde aussi une grande importance au public, en particulier aux jeunes. Il salue le travail déjà mené avec les écoles, avec près de 12 000 élèves accueillis chaque année au Théâtre de Liège. Mais il veut aller plus loin : faire en sorte que chaque Liégeois puisse se dire que le Théâtre de Liège est aussi son théâtre. Pas seulement un lieu où l’on assiste à une représentation, mais un espace où l’on se croise, où l’on parle, où l’on appartient à une communauté.
La suite reste encore à écrire. Michael de Cock prendra le temps d’observer les festivals existants, les traditions, les équipes et les artistes avant d’imprimer pleinement sa marque. Mais une ligne apparaît déjà : renforcer une famille artistique autour du Théâtre de Liège, développer les liens avec Gand, Anvers, Bruxelles et d’autres scènes, et faire circuler les talents francophones au-delà des frontières habituelles.
Pour entendre toute la nuance de cet échange, ses hésitations, ses convictions et son enthousiasme, regardez l’entretien complet. Michael de Cock y livre bien plus qu’une prise de fonction : une déclaration d’amour au théâtre comme lieu de rencontre, de débat et d’imagination collective.