Le Major liégeois Olivier Giust, spécialiste en feu de végétation, analyse les risques et rationalise les peurs que nous avons face à la sécheresse et au risque d'incendie que nous vivons actuellement.
Incendies de forêt : « Nous sommes mieux préparés qu’en 2011, mais le risque augmente »
Face aux méga-feux qui frappent actuellement le sud-ouest de la France, une question se pose : la Belgique est-elle prête à affronter des incendies d'une telle ampleur ? Pour Olivier Giust, major des pompiers de Liège et spécialiste des feux de végétation, la réponse est nuancée. Si le pays n'est pas dimensionné pour faire face à des incendies de plusieurs dizaines de milliers d'hectares, il s'est considérablement renforcé depuis la catastrophe des Hautes Fagnes en 2011.
« Nous ne sommes pas prêts à affronter un incendie comme celui de la Gironde », reconnaît le major. « En revanche, nous sommes aujourd'hui capables de gérer des feux de 10, 20, voire 50 hectares, ce qui correspond davantage à la réalité belge. Nous n'avons pas d'étendue forestière comme en Gironde. »
Les leçons des Hautes Fagnes
L'incendie qui avait ravagé plus de 1 000 hectares dans les Hautes Fagnes en 2011 a marqué un tournant. Dès l'année suivante, une dizaine d'officiers belges ont été envoyés en France afin de se former aux techniques spécifiques de lutte contre les feux de forêt. À leur retour, ils ont adapté ces méthodes aux réalités belges.
« Nous avons développé nos propres procédures, nos formations et validé de nouveaux moyens d'intervention. Le retour d'expérience nous a permis de gagner un temps précieux », explique Olivier Giust.
Selon lui, les autorités, les zones de secours et les différents niveaux de pouvoir ont investi durant ces quinze dernières années dans du matériel, de la formation et de nouveaux modes d'organisation afin d'anticiper un risque devenu plus fréquent.
Des épisodes extrêmes qui se rapprochent
Le major observe également que les prévisions climatiques se concrétisent plus rapidement qu'attendu. Les épisodes de sécheresse et les vagues de chaleur deviennent plus fréquents, augmentant le risque de départ de feu.
Même si les Hautes Fagnes sont aujourd'hui mieux aménagées grâce au travail du Département de la Nature et des Forêts (DNF), il estime qu'il faut rester prêt à faire face à des incendies plus importants que ceux connus jusqu'à présent.
Pourquoi un méga-feu est-il si difficile à maîtriser ?
Les images de Gironde impressionnent par leur violence, mais elles s'expliquent aussi par la puissance dégagée par ce type d'incendie. Un arbre de 15 à 20 mètres peut produire des flammes atteignant jusqu'à 40 mètres de haut, rendant toute attaque directe impossible.
« La priorité est toujours de protéger les habitants, les biens et les animaux. Ce n'est qu'ensuite que l'on peut agir sur la forêt », rappelle le major. Les pompiers cherchent alors avant tout à ralentir la progression du feu jusqu'à ce que les conditions météorologiques deviennent plus favorables.
Une Belgique avantagée… mais pas à l'abri
La structure des forêts belges constitue un avantage. Contrairement aux vastes plantations de pins sur sol sablonneux présentes en Gironde, les forêts wallonnes disposent d'un tapis végétal et d'un couvert forestier qui conservent davantage l'humidité.
Mais cet avantage s'estompe lors de longues périodes de sécheresse. « Lorsque tout est sec, cela peut aussi devenir problématique », prévient Olivier Giust.
Il souligne également que la Belgique a pu progresser rapidement grâce à l'expérience française. « En quinze ans, nous avons probablement réalisé ce que la France a mis plusieurs décennies à construire, simplement parce que nous avons pu nous inspirer de ce qui fonctionnait déjà. »
La prévention reste la meilleure arme
Malgré cette meilleure préparation, le risque principal reste d'origine humaine. Selon le major, environ 95 % des feux d'espaces naturels sont provoqués par des activités humaines, souvent involontaires.
Les arrêtés pris récemment par les gouverneurs wallons visent donc avant tout à limiter les comportements à risque : interdiction des feux de camp, des barbecues en forêt ou encore vigilance accrue lors de l'utilisation de moteurs thermiques.
Les pompiers continuent d'intervenir régulièrement pour des départs de feu liés à des bivouacs ou à des feux de camp. « Les règles ne sont pas là pour empêcher les gens de profiter de la nature, mais pour éviter d'y introduire le feu », conclut Olivier Giust.