Les archives de la société Vielle Montagne, un des plus riches fonds d’archives industrielles d’Europe, seront bientôt accessibles au public. La Vieille Montagne, qui a créé l’industrie du zinc, est considérée comme la première multinationale du monde.
La "Société des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne" est une entreprise d'origine liégeoise, fondée en 1837.
Le siège d'exploitation était à Angleur. Elle produisait du zinc, à partir, à l'origine, d'un procédé inventé par Jean-Jacques Dony au début du XIXe siècle.
Les activités étaient alors situées dans le quartier Saint-Léonard de Liège.
SAINT LEONARD
Sur ce plan, au centre et en léger bleuté, les terrains occupés par "Vieille Montagne".
La société VM avait pour voisins la "Fabrique d'armes de l'Etat" et une fonderie de fer.
On distingue aussi, tout à gauche, une partie des bâtiments de la prison Saint Léonard.
Sur le quai Saint Léonard, la société Linière, dont l'emplacement est aujourd'hui occupé par un hôtel et un restaurant "La Linière".
A droite, les terrains occupés par la Fonderie royale de canons, occupés désormais par l'Athénée royal Atlas.
VIEILLE MONTAGNE
L'origine du nom de la société est à chercher du côté des premières activités d'extraction, qui avaient lieu à Altenberg, que l'on peut traduire en français par "vieille montagne" ; c'est un lieu-dit de la commune de La Calamine, où la société exploitait une riche mine de carbonate de zinc à flanc de colline.
FONDS D'ARCHIVES
Ce fonds représente 810 mètres linéaires. Jusqu'ici, 650 mètres linéaires ont été triés, inventoriés et conditionnés par l'AVAE, l’Association pour la Valorisation des Archives d’Entreprises, une asbl spécialisée dans ce type de sauvergarde et de traitement. Son siège est aux Archives générales du Royaume à Bruxelles. Les chevilles ouvrières de ce travail colossal sont les archivistes indépendants Jean-Louis Moreau et Annette Hendrick.
Ces archives, qui avaient été conservées au siège de la société à Angleur, ont été transférées en 1993 aux Archives de l’État à Liège. L’initiative de ce transfert revient à l’équipe de l’asbl "Centre d’histoire des sciences et des techniques", chère à Robert Halleux. Ces archives ont été en dormance pendant près de 25 années. Elles étaient donc inaccessibles aux chercheurs, faute d’inventaire leur permettant de s’orienter dans les quelque 80 m³ de documents !
En 2018, avec le soutien de l’asbl "Vieille Montagne Heritage", l’AVAE a accepté de réaliser l’inventaire sur fonds propres et en partie grâce au mécénat d’entreprise.
L’inventaire actuellement achevé compte plus de 11400 numéros et couvre tous types de documents, à l'exception des photographies, qui font l’objet d’une publication distincte en voie d’achèvement.
Dans le but de donner accès à la majorité de cette documentation plus rapidement, les deux inventaires ne reprennent pas la totalité des archives : 150 mètres de rayonnage environ resteront à traiter dans le futur.
L'ouverture officielle de ce fonds d'archives industrielles, un des plus riches d'Europe, aura lieu le jeudi 22 octobre 2026, à 18 heures, à la Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège (MMIL), 17, boulevard Raymond Poincaré, à Liège.
BAIGNOIRE DE NAPOLEON
Le savais-tu ?
Napoléon areçu en cadeau une baignoire en zinc "made in Vieille Montagne".
Munie d'une double enveloppe, la baignoire était dotée d'un petit foyer à charbon de bois et d'une circulation d'eau. Elle avait été offerte à l'empereur par l'industriel liégeois Jean-Jacques Dony, à l'origine de la création de la Vieille Montagne. Il s'agissait pour le Liégeois démontrer la malléabilité et la durabilité de ce nouveau matériau.
La baignoire en zinc a suivi Napoléon lors de sa campagnes de Russie, en 1812, et aurait servi au retour, dit-on, à y abriter d'importants documents lors de la débâcle de la Grande Armée.
ARCHIVES SAUVEES DES EAUX
À Angleur, une petite partie des archives était entreposée dans la salle du conseil d'administration (photo ci-dessous).
La plus grande partie était à la cave, dans des locaux bien aménagés.
Elles ont été retirées en 1993.
En juillet 2021, les caves ont été totalement inondées.
La salle du conseil d'administration de la Vieille Montagne, à Angleur
SACRéS FRANCAIS...
En décembre 2024, le savoir-faire des couvreurs en zinc parisiens a été inscrit au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO.
Environ 80 % des toits de Paris sont recouverts de zinc. Ce choix s'est développé à partir du XIXe siècle, sous l'impulsion des travaux d'Haussmann.
Or c’est bien Liège qui est à l’origine de la large diffusion de la technique de couverture en zinc sur tasseaux.