Les chercheurs et chercheuses de l’Université de Liège démontrent comment des approches scientifiques de pointe renouvellent notre compréhension des œuvres, des objets archéologiques et des bâtiments historiques... sans les altérer !
Des œuvres sous le regard des sciences non invasives
Peintures contemporaines, chefs-d’œuvre de l’Égypte antique ou pigments issus de l’industrie belge : les œuvres du passé (et du présent) livrent leurs secrets grâce à des techniques non invasives développées en physique nucléaire et atomique. Spectrométrie, analyses élémentaires portables, imagerie avancée… Ces outils permettent de reconstituer les gestes de l’artiste, d’identifier les matériaux utilisés ou encore de comprendre les choix esthétiques et symboliques inscrits dans un contexte historique précis.
Pour les historiens de l’art et les archéologues, ces méthodes changent profondément la manière de travailler : on ne fouille plus seulement avec la truelle, mais aussi avec des faisceaux, des capteurs et des algorithmes. Il ne s’agit pas de fouiller moins, mais de fouiller mieux, en formulant des hypothèses plus fines, avant même toute intervention physique.
Archéométrie : quand les objets racontent les sociétés
L’étude scientifique des objets patrimoniaux ne se limite pas à leur composition. Minéraux précieux, gemmes anciennes ou fragments de papyrus deviennent de véritables archives matérielles. Grâce à l’archéométrie, il est possible de retracer des routes commerciales, de comprendre des statuts sociaux ou d’identifier des pratiques culturelles et religieuses. La science apporte ici un éclairage essentiel sur l’histoire des sociétés, bien au-delà de la simple datation.
La conservation de ces objets fragiles est indissociable de leur étude : analyser sans dégrader, restaurer sans effacer, transmettre sans trahir. Un équilibre délicat, au cœur des enjeux patrimoniaux actuels.
Le patrimoine bâti sous la loupe des technologies 3D
La science s’applique aussi aux monuments. À Liège, la Cathédrale Saint-Paul devient un terrain d’investigation à ciel ouvert. Relevés LiDAR, nuages de points en trois dimensions, analyses dendrochronologiques des charpentes : chaque donnée contribue à une connaissance fine et globale du bâtiment.
Ces modèles numériques ne servent pas uniquement à documenter. Ils deviennent de véritables outils d’aide à la décision : faut-il restaurer, consolider, surveiller ou parfois ne pas intervenir ? La cartographie précise des matériaux et des pathologies permet de repenser certaines restaurations et d’interroger une question fondamentale : reconstituer, est-ce toujours restaurer ?
De la mémoire à la reconstruction virtuelle
Au croisement de la géomatique, de l’architecture et de l’histoire de l’art, de nouvelles plateformes voient le jour. Elles rassemblent données scientifiques, relevés 3D et archives historiques pour conserver, et parfois faire revivre, des patrimoines menacés ou disparus.
La réalité virtuelle ouvre ainsi des perspectives inédites : restituer des monuments détruits par les conflits, transmettre des lieux oubliés, ou offrir au public une immersion scientifique et sensible dans le passé. Une autre manière de préserver la mémoire collective, quand la matière elle-même a disparu.
Préserver, comprendre, transmettre
À travers cette émission, une conviction s’impose : la science n’est pas une discipline extérieure au patrimoine, mais l’un de ses alliés les plus précieux. En croisant les regards — physiciens, archéologues, architectes, géomaticiens — elle permet de mieux comprendre notre héritage commun et de prendre des décisions éclairées pour son avenir.
LABO4 nous rappelle ainsi que, parfois, pour mieux toucher le passé, il faut justement apprendre à ne pas le toucher du tout.
📺 Rendez-vous le mois prochain pour de nouvelles découvertes, toujours en collaboration avec l’Université de Liège.