Le Conservatoire Royal de Liège était fermé ce jeudi. Des étudiants en bloquaient l'accès pour contester les différentes réformes de la FWB. De l'académie aux artistes professionnels, les derniers décrets impactent tous les acteurs.
Impossible d'entrer au Conservatoire Royal de Liège, ce jeudi matin. Une trentaine d'étudiants ont décidé de bloquer par surprise les entrées. A coup de chants et de pancartes, ils témoignent de leurs inquiétudes pour l'avenir de leur secteur, à commencer par les perspectives d'emploi comme professeur. Dans les académies, l'instauration d'un minerval pour les élèves de moins de 12 ans a fait baisser les inscriptions de 13,5% en moyenne. "La majorité des étudiants va devenir professeur", explique Emilie Delfosse, étudiante en musiques improvisées de traditions orales. "Or depuis le début de l'année scolaire, les inscriptions dans les académies ont fortement diminué avec l'imposition d'un minerval pour les moins de 12 ans. Et qui dit moins d'élèves dit forcément moins de professeurs. Dans certaines régions, ce sont des académies entières qui sont menacées, car la diminution d'inscription atteint parfois 30%."
A côté des perspectives de carrière dans l'enseignement, celle de musicien d'ensemble, dans un groupe, par exemple, est elle dépendante de l'évolution du statut de travailleur des arts, ou de la possibilité de l'obtention de subsides pour des institutions culturelles. Ce qui tracasse Thibaud Sarocchi, bientôt diplômé en flûte traversière. "J'ai une âme de musicien de chambre, je fais partie de deux groupes qui commencent à fonctionner, j'ai envie d'en vivre et de transmettre tout ce que j'ai appris, au travers des groupes ou de l'enseignement."
Un minerval devenu subside, du "clientélisme"
A côté des perspectives de carrière, les conditions financières d'étude sont en train, elles, de modifier le fonctionnement du Conservatoire royal, selon la Directrice de la partie musique, Kathleen Coessens. "Le minerval est passé à 1200 euros pour certains étudiants, et est monté même jusqu'à 5000 euros pour les étudiants non-européens. Cela a plusieurs conséquences. Non seulement, on craint pour la diversité au sein de notre institution car on a environ 60% d'étudiants qui viennent de l'étranger, dont de nombreux d'Asie ou d'Amérique du sud. Mais en plus, plusieurs centaines de milliers d'euros de subsides ont été remplacés par une allocation en fonction du minerval, et donc en fonction du nombre d'étudiants. Comme les subsides sont désormais beaucoup plus liés aux allocations d'études et au nombre d'étudiants que nous avons, nous entrons dans une sortie de clientélisme, quelque part, par le fait que les étudiants financent directement l'établissement, alors qu'avant, seule une part minime du financement dépendait du minerval."
Globalement, des premiers cours de musique ou de théâtre en académie, jusqu'aux musiciens ou comédiens professionnels, tout le secteur est touché. Thibaud Delfosse: "Moins d'élèves dans les académies, ça fait moins d'étudiants dans les études supérieures, moins de renouvellement du vivier de musiciens, moins de musiciens spécialisés, moins de présences dans les concours d'orchestre etc. C'est tout le système qui en pâtit."