L'intelligence artificielle s'invite à l'OPRL : dans le cadre de leur programme "What the Fake", un concert consacré aux plagiats et autres contrefaçons symphoniques, un morceau composé par l'IA sera joué par des humains...
Vous entendez “Danse de l’Aube”, d’Isidore Archambault… Ce nom ne vous dit rien, puisqu’il s’agit d’un compositeur fictif, créé par l’intelligence artificielle. Pour la première fois en Belgique, un orchestre philharmonique, l’OPRL, joue un morceau conçu par une IA.
« On a voulu s'amuser, c'est aussi humoristique, et faire le test. Et ça, c'est aussi instructif de savoir comment les outils d'IA pouvaient ou pas arriver à s'approcher d'une réalité musicale. Et donc c'est là qu'arrive cette pièce dans notre programme “What the fake” consacré à tous les faux, à toutes les manipulations musicales. », contextualise la directrice générale de l'OPRL, Aline Sam-Giao.
« On a demandé à l'IA de générer un morceau d’environ trois minutes trente dans un style romantique et joyeux, et on lui a donné comme instructions qu'il y avait une certaine instrumentation qui ne devait pas être dépassée. Donc on a demandé des fluttes, des clarinettes, des hautbois, des cordes et des percussions. Et suite à cela, en quelques minutes à peine, l'intelligence artificielle nous a sorti un audio de quatre minutes qui est en fait ce qu'on a entendu à la première répétition aujourd'hui. On a demandé à un arrangeur de réécouter l'audio, et à partir de cet audio, il nous a refait une partition complète. Donc c'est là que l'humain a dû intervenir. »
Une expérience étonnante, en tant qu’auditeur on tombe dans le panneau. Mais pour les musiciens professionnels, un petit malaise est perceptible : « Je dois dire que ça me paraît un peu désagréable. En fait, ça a l'air artificiel, déjà dans la texture, au niveau du coup d'archet, au niveau du doigté, c'est quelque chose qui va un peu contre le sens naturel, la nature des musiciens », partage le second violoniste, Ales Ulrich.
« Quand je l'ai déchiffré, je me suis dit "ça, ça doit être l'IA", c'est pas très futé, c'est pas original. Ca a un petit air maladroit. Quand je l'ai entendu aujourd'hui, avec tout l’orchestre, je me suis dit “Ah ! C'est mieux que ce que je pensais” », relativise Hélène Lieben, violonniste.
En résumé, ce n’est pas demain que l’IA remplacera les artistes et compositeurs à l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège.
« On a bien l'intention de continuer à passer des commandes à des compositeurs belges et non belges. Et d'ailleurs notre carnet de commande pour les quatre-cinq ans à venir est déjà plein avec, je vous assure, des vraies personnes en chair et en os », rassure Aline Sam-Giao.
Si vous voulez entendre par vous-même cette composition, c’est à l’OPRL, le 1er et 2 avril. Et non, ce n’est pas un poisson, mais bien une expérience musicale, à prendre avec humour.