L'avocat général Marianne Lejeune a requis mercredi matin devant la cour d'assises de Liège une culpabilité d'assassinat contre Benoit Crahay, le Liégeois de 43 ans accusé d'avoir tué son épouse avec son arme de policier le 14 août 2011 à Hermalle-sous-Argenteau. Le ministère public a considéré que Benoit Crahay a éliminé son épouse parce qu'il n'a pas supporté qu'elle retrouve son indépendance. Le policier Benoit Crahay avait abattu Martine Ernoux, dont il était séparé, de trois balles dans le thorax la nuit du 14 août 2011 à Hermalle-sous-Argenteau. Il est accusé d'un assassinat mais aussi d'une scène de coups commis sur son épouse lors de la soirée du 13 août 2011. Pour l'avocat général Marianne Lejeune, c'est en remontant au 5 août 2011 qu'il faut trouver l'explication relative à l'assassinat. Ce jour-là, Martine Ernoux avait rencontré un autre homme et passé la nuit avec lui. En fin de procédure de divorce, elle avait évoqué cette nouvelle étape de sa vie. Elle semblait heureuse. Mais la perspective qu'elle trouve le bonheur ailleurs n'a pas plu à Benoit Crahay. Il avait toujours considéré Martine Ernoux comme sa chose. Il l'avait épiée et conditionnée. Ce jour-là, il a constaté qu'elle s'était éloignée de lui et qu'elle reprenait son indépendance. Il n'était plus son mari et il a ruminé sa vengeance. Pour le ministère public, tout a basculé le 13 août quand Benoit Crahay et Martine Ernoux se sont retrouvés à une soirée de barbecue. Arrivé avec une nouvelle compagne, Benoit Crahay avait donné à Martine Ernoux l'impression qu'il allait refaire sa vie et qu'il allait la lâcher. Mais Benoit Crahay a vu sa femme heureuse. Il a vu que sa femme allait s'épanouir sans lui et cela ne lui a pas plu! C'est ce qui a provoqué la première scène de coups, a analysé Marianne Lejeune. Pour l'avocat général, Benoit Crahay a ensuite fait preuve d'une grande maîtrise dans l'organisation des événements qui se sont succédés. Il s'est rendu au commissariat de Herstal pour prendre son arme de service. Puis, il s'est rendu dans la chambre de son fils pour s'emparer des clés qui lui ont permis d'ouvrir la porte du domicile de la victime. Son but était d'éliminer la femme sur laquelle il n'avait plus de contrôle et qui lui était devenue néfaste. S'il n'avait pas été maître de lui, ce policier aurait partout, vidé son chargeur et tué les deux autres personnes sur place. Mais il s'est parfaitement contrôlé. Ce n'était pas un excité. C'était un policier qui savait ce qu'il faisait. Il était venu pour tuer froidement Martine Ernoux et pour la faire disparaître, a soutenu l'avocat général. La personnalité de l'accusé a également été stigmatisée par l'avocat général. Pour se justifier, Benoit Crahay a affirmé que son épouse avait provoqué sa colère en lui annonçant qu'elle allait se prostituer. Mais selon l'accusation, ce mobile a été totalement inventé et reconstitué afin d'assurer sa défense. C'était un policier qui avait une formation précise. Chef d'enquête dans un dossier relatif à l'assassinat d'une artiste d'érotisme et prostituée, il s'est servi de ce dossier pour construire cet argument. Et même si cet élément s'était avéré juste, le policier expérimenté qu'il était savait qu'il ne pouvait pas tuer son épouse pour cette raison, a encore énoncé Mme Lejeune. Pour l'avocat général, Benoit Crahay a démontré qu'il est un homme méchant, qui a voulu faire du tort et qui n'avait aucune indulgence ou aucun respect pour qui que ce soit.