Et si la prochaine crise sanitaire ne se jouait pas uniquement dans les hôpitaux, mais aussi dans les forêts, les élevages ou encore les écosystèmes fragilisés ? C’est toute la réflexion portée par le concept du One Health, au cœur de ce numéro de Labo4.
Une seule santé, vraiment ?
Le principe du One Health est simple en apparence : la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes sont profondément liées. Mais dans la réalité, cette approche bouleverse des décennies de fonctionnement cloisonné entre disciplines scientifiques. Médecins, vétérinaires, biologistes… mais aussi spécialistes des sciences sociales : tous sont appelés à collaborer pour mieux comprendre des phénomènes complexes comme l’émergence des épidémies. Car les crises sanitaires ne naissent pas par hasard, elles sont souvent le résultat d’interactions multiples : destruction de la biodiversité, intensification de l’agriculture, mondialisation des échanges ou encore changement climatique.
Des zoonoses aux antibiotiques : des enjeux bien concrets
Sur le terrain, les chercheurs de l’Université de Liège travaillent déjà selon cette logique. À Gembloux, un projet étudie par exemple les zoonoses — ces maladies transmissibles de l’animal à l’humain — en lien avec les communautés locales et la faune sauvage en Afrique. Autre enjeu majeur : la résistance aux antibiotiques. Leur usage intensif, tant en médecine humaine que dans les élevages, favorise l’apparition de bactéries résistantes, rendant certains traitements inefficaces. Là encore, impossible de traiter le problème sans une approche globale.
Anticiper plutôt que subir
Les chercheurs s'intéressent aussi à la surveillance des virus émergents, comme ceux transmis par les moustiques en Belgique. En étudiant leur circulation chez les animaux et les humains, les scientifiques espèrent détecter plus tôt les signaux faibles et anticiper les futures épidémies. Cette capacité d’anticipation est justement au cœur des réflexions actuelles. Longtemps centrés sur le soin, nos systèmes de santé doivent aujourd’hui intégrer davantage la prévention.
Changer les mentalités, un défi majeur
Mais adopter une approche One Health ne se limite pas à la science. C’est aussi un défi sociétal. Pourquoi est-il si difficile de modifier nos comportements face aux risques pourtant bien identifiés ? Comment mieux intégrer les connaissances scientifiques dans les décisions politiques ? Les sciences sociales apportent ici un éclairage essentiel pour comprendre les freins, les perceptions du risque et les résistances au changement.
Une révolution en marche ?
Vingt ans après l’émergence du concept, le One Health s’impose progressivement, notamment depuis la pandémie de Covid-19 qui a mis en lumière l’interconnexion des systèmes. À l’Université de Liège, cette approche est désormais enseignée à une nouvelle génération de professionnels. Un signe que le changement est en cours, même s’il reste lent face à l’ampleur des défis.
📺 Rendez-vous le mois prochain dans LABO4 pour une nouvelle exploration scientifique auprès des chercheurs de l’Université de Liège.