Des pilotes anglais ont trouvé refuge dans la cathédrale de Liège lors de la seconde guerre mondiale. Courrier, photos, rapports... l'historien Alexandre Alvarez mène l'enquête pour mieux documenter le passage de ces aviateurs à la cathédrale de Liège.
L'enquête menée par Alexandre Alvarez a commencé il y a quelques mois. L'attaché scientifique au Trésor de la Cathédrale a appris qu'un touriste anglais s'était présenté avec des photos de son grand-père, ancien pilote de la Royal Air Force, prise dans le cloître de la cathédrale, en compagnie de deux autres aviateurs.
Alexandre Alvarez est retourné dans les archives, où il avait le souvenir d'une longue lettre, 24 pages, écrites en anglais. Il s'est avéré qu'elle avait été écrite par un des aviateurs qui figurent sur la photo prise dans le cloître, un certain Jim Lewis.
La lettre manuscrite a pris un certain temps pour être déchiffrée. Mais l'effort en valait la peine : elle donne une série de détails sur le quotidien des pilotes qui étaient réfugiés ici, dans la cathédrale.
Voici quelques extraits de la lettre de Jim Lewis, datée du 20 juin 1944 :
"De là, nous avons déménagé à cette adresse et j'y suis depuis – un mois et quelques jours. J'ai deux compagnons – les deux garçons d'Eastmoor – et nous sommes vraiment chanceux. Nous sommes logés dans le cloître de la cathédrale et, après 16h30, nous pouvons flâner à notre guise dans les bâtiments, puisqu'elle est fermée à cette heure-là. Nous avons une chambre pour nous seuls, avec la radio et tout le confort moderne. Les gens d'ici sont très gentils et nous nous entendons à merveille."
(...)
"J'ai eu une grosse frayeur samedi dernier. Nous nous faisions couper les cheveux dans le jardin lorsque deux jeunes hommes sont venus nous voir. Ils sont restés une demi-heure environ, puis sont repartis. Je les ai accompagnés jusqu'à la porte pour la fermer à clé. Ils sont sortis et, avant même que je puisse refermer la porte, un Allemand était entré avec une Allemande. J'ai cru que c'était la fin et je me suis éclipsé vers la cave pour m'échapper. Il m'a interpellé en français et m'a demandé de répondre, bien sûr. Je lui ai dit aussi vite que possible que la porte était fermée et n'ouvrirait qu'à 6 heures du matin."
(...)
"Il a répété cela en allemand à sa petite amie et, à ma grande joie, ils sont sortis peu après. Ce fut l'un des moments les plus angoissants de ma vie. Nous avons ensuite effacé toute trace de notre présence dans notre chambre et passé la nuit dans les entrailles de la cathédrale, au cas où l'Allemand se méfierait et enverrait une patrouille enquêter. Mais rien ne s'est passé ; j'ai donc dû avoir l'air assez belge. J'ai appris plus tard qu'il était colonel allemand. Inutile de dire que je n'ouvrirai ni ne fermerai plus jamais cette porte."
L’enquête a donc été menée dans la cathédrale, jusque dans les sous sols, où les aviateurs ont aussi trouvé refuge à certaines occasions. Les recherches se poursuivent. Notre historien vient tout juste de trouver un livre écrit par un autre aviateur, Tom Wingham, qui était à bord de l’avion de Jim Lewis, quand ils ont été abattus.
De quoi certainement encore enrichir le récit des parcours de guerre de ces aviateurs anglais, réfugiés à la cathédrale.