Le Sénat s'est enfin saisi, après une léthargie de plusieurs années, du rapport du CEGES qui en 2007 avait dénoncé l'attitude docile de l'Etat belge durant la seconde guerre mondiale, lorsque l'occupant allemand l'invita à collaborer alors qu'il mettait en place une innommable politique de persécution de la population juive dont les conséquences dépassèrent l'inimaginable. Réunie jeudi matin, la Commission des Affaires institutionnelles a décidé de rattraper au plus vite le retard encouru et d'adopter si possible encore d'ici la fin de l'année une résolution visant à reconnaître la responsabilité d'autorités belges dans la persécution des Juifs. Dans les prochaines semaines, la Commission entendra les représentants du CEGES et du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique avant de décider de la suite de ses travaux. L'initiative sénatoriale vise à promouvoir l'important travail de mémoire qu'il convient d'effectuer à l'aune de ce rapport historique. Relancée par Philippe Mahoux , qui avec Alain Destexhe avait été à l'origine du travail du CEGES, elle recommande aux Communautés, compétentes en matière d'enseignement, d'assurer le relais. La reconnaissance de la responsabilité d'autorités belges dans la persécution des Juifs a fait l'objet au cours de la dernière décennie de déclarations des premiers ministres Guy Verhofstadt et Elio Di Rupo, ainsi que, comme l'a rappelé Jacques Brotchi , des bourgmestres de Bruxelles, Freddy Thielemans, de Liège, Willy Demeyer et d'Anvers, Patrick Janssens. A une exception près, la résolution en débat est signée par l'ensemble des partis de la majorité, ainsi que par Ecolo et Groen. Auteur d'amendements, Francis Delpérée n'y a pas souscrit pour des questions de forme. Je n'ai pas signé la proposition de résolution même si j'en partage les préoccupations essentielles, a justifié le chef de groupe cdH. Francis Delpérée juge le texte trop flou quant à l'identification de ceux qui ont commis des exactions. On évoque les autorités belges, des autorités belges et d'ailleurs quelles autorités belges, politiques, administratives, religieuses, scientifiques, sociales, judiciaires, nationales, communales, s'est-il demandé. Il ne faut pas créer d'amalgames, a-t-il ajouté, rappelant que comme d'autres dans la Commission il était un enfant de la guerre. Le gouvernement de Londres, ce ne sont pas les secrétaires généraux, a-t-il précisé avant de conclure sur ce point: il ne faut pas confondre les bourgmestres et le ministre de Vleeschauwer . Exigeant également plus de précisions sur les chiffres des déportés et, à cet égard, une référence aux sources, Francis Delpérée a par ailleurs fait valoir un conflit de compétences alors que le Sénat demanderait aux Communautés d'agir en matière d'enseignement. Que dira-t-on le jour où les entités fédérées feront des recommandations à l'Etat fédéral, s'est-il demandé. Enfant caché, le sénateur Jacques Brotchi a souligné toute l'importance du travail de mémoire à l'heure où en Hongrie, un élu du parti d'extrême droite Jobbik demande de lister les Juifs dans le pays. La première ordonnance du 28 octobre 1940 visait à établir qui était Juif et qui ne l'était pas, a-t-il rappelé. Le sénateur Vlaams Belang Bart Laeremans aurait pour sa part souhaité voir biffer les références dans les travaux à l'extrême droite, une approche utilitariste visant selon lui à dénigrer en Belgique ne nationalisme flamand. Ce souhait a sans surprise été évacué par les auteurs de la proposition. Il n'échappe à personne que tous les régimes et partis d'extrême droite occidentaux ont l'antisémitisme inscrit dans leur code génétique mais, comme tout le monde ici, je comprends bien le but de votre demande, a réagi Jacky Morael . Ce dernier a suggéré que les adolescents puissent entrer en possession d'un ouvrage de vulgarisation du rapport du CEGES. Au nom du sp.a, Bert Anciaux a dit défendre pleinement le contenu de la proposition à l'examen. Je souscris à 100% aux objectifs de la résolution, a-t-il dit, appelant notamment à ce que la recherche se focalise également à l'avenir sur le climat antisémite d'avant-guerre. Il faut aussi oser le faire. On évoque souvent la collaboration avec le régime nazi mais comme d'autres pays, la Belgique a également sa propre responsabilité, a-t-il dit. Alors que Jan Durnez faisait de la reconnaissance de la responsabilité l'élément central des travaux, Yoeri Vastersavendts l'a rejoint sur la nécessité de faire oeuvre de pédagogie en ce qui concerne le devoir de mémoire. Il faut faire revivre des événements comme le 11 novemnbre délaissé par les plus jeunes, a-t-il dit. Appuyant la résolution tout en regrettant de ne pas y avoir été associé, Danny Pieters a mis en garde contre un enlisement des travaux qui se perdraient en auditions infinies. A la manoeuvre depuis le début, Philippe Mahoux a rappelé les principales recommandations figurant dans la proposition de résolution à l'examen: se pencher sur la responsabilité, la reconnaissance et la réparation , les périodes d'avant et après-guerre , la diffusion du rapport et la problématique des archives .