L'avocat général Laurence Maudoux a requis vendredi matin devant la cour d'assises de Liège une culpabilité d'assassinat contre Motahir Muhammod, un Bangladais de 48 ans qui avait égorgé son épouse âgée de 28 ans. Motahir Muhammod aurait fait disparaître les preuves de son implication dans la rivière qui borde le centre pour réfugiés dans lequel il était hébergé. Motahir Muhammod est suspecté d'avoir tranché la gorge de son épouse la nuit du 27 au 28 juillet 2012. L'accusé et son épouse, Shifa Begum, étaient hébergés dans un centre pour réfugiés de la Croix-Rouge à Noncevaux . Alors que l'accusé nie totalement les faits et prétend que sa femme a été tuée par d'autres personnes, l'avocat général Laurence Maudoux a rappelé aux jurés qu'ils ne doivent pas se laisser submerger par n'importe quel doute. Il n'y a jamais de certitude absolue dans un procès pénal. Il y a toujours des questions sans réponse et des zones d'ombre. Le seul qui connait l'exactitude des faits, c'est l'accusé. Il ne s'est pas privé de jeter un voile de brouillard sur l'ensemble de cette affaire, a-t-elle exposé. Le ministère public a souligné que, dans le cas du décès de Shifa Begum, l'intention homicide est indiscutable. L'auteur des faits a utilisé un couteau à steak et a égorgé profondément la victime. Les lésions relevées ne laissent planer aucun doute quant au caractère létal du geste et à la volonté de l'auteur de ne laisser aucune chance à la victime. L'avocat général a affirmé sa conviction selon laquelle c'est bien Motahir Muhammod qui a commis l'égorgement de son épouse. Mme Maudoux a souligné que l'accusé a été entendu à de nombreuses reprises et que ses déclarations ont varié. Motahir Muhammod avait soutenu que sa femme avait été tuée par deux autres hommes. Selon l'accusé, ces deux personnes se seraient rapprochées de son épouse dans l'espoir d'obtenir des papiers. Ils auraient voulu séparer Motahir Muhammod de sa femme en le faisant arrêter. Mais ce projet aurait échoué quand Muhammod et sa femme auraient accepté de regagner leur pays d'origine. Shifa Begum aurait alors été tuée par vengeance de ces deux personnes. Selon l'avocat général, cette version des faits et les multiples variations apportées par l'accusé ne sont pas crédibles. Laurence Maudoux a aussi relevé que l'accusé a refusé de parler sur des points précis de l'enquête, par peur de se faire piéger. Il s'est par contre exprimé toujours en détails sur des éléments qui ne concernaient pas son implication. Cette caractéristique, associée à ses variations, démontre qu'il n'est pas innocent. Pour l'avocat général, Motahir Muhammod a tué son épouse dans un contexte de mépris, de frustration, de colère et de jalousie à son égard. Alors que sa femme souhaitait rentrer au Bangladesh, il était déçu du montant de la compensation financière offerte par la Belgique. Pour lui, rentrer au Bangladesh sans argent était une honte. Mais devenir la victime de l'homicide commis sur sa femme lui aurait offert l'opportunité d'obtenir l'asile en Belgique, a soutenu l'avocat général. Pour l'accusation, deux hypothèses sont possibles pour expliquer le déroulement des faits. Soit il était nu lorsqu'il a tranché la gorge de son épouse et s'est lavé après les faits. Soit il portait d'autres vêtements que ceux dans lesquels il a été retrouvé. L'accusé se serait débarrassé de la lame avec laquelle il a égorgé son épouse et de ses vêtements souillés de sang en sortant du centre par la porte arrière non-surveillée par des caméras. Il aurait évacué ces preuves dans la rivière en crue à proximité du centre. Puis, il se serait automutilé la main pour faire croire à une agression. La défense plaidera en début d'après-midi