Motahir Muhammod, un Bangladais de 48 ans accusé devant la cour d'assises de Liège de l'assassinat de son épouse, a dénoncé mercredi le traitement dont il aurait été la cible par les enquêteurs. Il a dénoncé une forme de chantage inhumain et injuste pratiqué par les enquêteurs qui l'ont privé de ses enfants et des funérailles de son épouse alors qu'il affirme que celle-ci a été tuée par d'autres personnes. Motahir Muhammod est suspecté d'avoir tranché la gorge de son épouse la nuit du 27 au 28 juillet 2012. L'accusé et son épouse, Shifa Begum, étaient hébergés dans un centre pour réfugiés de la Croix-Rouge à Noncevaux . L'accusé clame son innocence et prétend qu'elle a été tuée par d'autres personnes. Lors des questions posées aux enquêteurs après leur exposé sur les faits, la défense a souligné plusieurs lacunes constatées autour de l'enquête. Les avocats de l'accusé ont affirmé que plusieurs devoirs réalisés par les enquêteurs n'ont pas été consignés dans des procès verbaux. C'est notamment le cas de l'enquête de téléphonie qui démontre que deux suspects désignés par l'accusé ont échangé plusieurs appels téléphoniques le lendemain des faits. La défense a aussi constaté que certains devoirs n'ont pas été réalisés. L'un d'eux aurait consisté à réaliser l'interrogatoire d'un des suspects au sujet de sa localisation exacte au moment des faits, plutôt que de déduire qu'il était absent du centre d'Aywaille parce que son téléphone se trouvait à ce moment-là à Bruxelles. Par ailleurs, les deux suspects désignés par Motahir Muhammod avaient initialement reçu l'ordre de rester à la disposition de la justice. Mais ils ont disparu et ne sont plus localisables. On n'a pas voulu entendre Motahir Muhammod quand il a mis en cause ces autres personnes. Les enquêteurs sont partis de l'idée qu'il était le coupable et que cela ne pouvait être que lui. Les enquêteurs n'ont jamais voulu considérer l'existence d'une autre piste, a regretté Me Marc Nève. A l'issue de la comparution des enquêteurs, Motahir Muhammod a souhaité reprendre la parole. Il dit avoir été maltraité par les policiers qui ont réalisé une forme de chantage sur lui. Depuis le jour où ces hommes ont tué ma femme, je me retrouve seul face à un système judiciaire auquel je n'avais jamais été confronté auparavant. Les policiers ne m'ont pas bien traité. C'est à cause d'eux que je suis accusé des faits. Le premier jour, ils m'ont mis en prison en disant que j'étais le tueur. J'ai été déstabilisé car je parle une autre langue. Les enquêteurs m'ont empêché de voir mes enfants. On a tué ma femme et je voulais assister à ses funérailles. Mais les policiers ont refusé parce que je n'ai pas voulu leur parler des faits ou faire les aveux qu'ils attendaient. Ce qu'ils ont fait est inhumain et injuste, a soutenu l'accusé par l'intermédiaire de sa traductrice. Depuis le début de son procès, Motahir Muhammod tente d'exprimer sa version des faits. Mais il souhaite livrer des explications détaillées, qui doivent ensuite être traduites. Cet exercice retarde les débats et le planning initialement envisagé. A plusieurs reprises, il a été interrompu par la présidente lorsqu'il a tenté de donner ces explications. L'accusé a pleuré en constatant qu'il ne pouvait pas aller au bout de ses explications