Alors que, de Liège à Florange, les hauts-fourneaux d'ArcelorMittal n'en finissent plus de s'éteindre, la phase à froid, elle, semble encore bénéficier des faveurs de la multinationale, toujours en quête de valeur ajoutée et donc de rentabilité. Au sein de l'Union européenne, la stratégie de Mittal est claire: le groupe se concentre sur le 'froid' car il apporte de la valeur ajoutée et est plus rentable, résume Didier Van Caillie, professeur de management à l'Université de Liège. Au cours de cette phase à froid, l'acier brut, produit par les hauts-fourneaux à partir de minerai de fer et de carbone, est transformé avant d'être livré aux utilisateurs. L'un des plus gros clients de Mittal en Europe occidentale, c'est l'industrie automobile qui travaille de plus en plus en 'just in time', c'est-à-dire sans stock. Il faut dès lors livrer l'acier aux constructeurs au moment précis où ces derniers en ont besoin. Dans ce contexte, la proximité devient un facteur clé, explique Didier Van Caillie. D'importance stratégique pour Mittal, la phase à froid peut toutefois être alimentée par de l'acier produit par des hauts-fourneaux situés sur d'autres sites du groupe. C'est ainsi Dunkerque qui devrait, à l'avenir, fournir Liège et Florange en matière première. Contrairement au 'froid', la phase à chaud est une grande consommatrice de main d'oeuvre moins qualifiée, ce qui explique que le groupe se replie sur des pays où le coût du travail est plus faible, notamment à l'est ou désormais dans le sud de l'Europe, poursuit M. Van Caillie. Quand les coûts liés au travail sont faibles, on privilégie en général une sidérurgie intégrée, regroupant une phase à chaud et une phase à froid sur un même site. Dans le cas contraire, les entreprises ont tendance à dissocier leurs activités, ajoute-t-il. Et c'est précisément ce qui se passe actuellement en Moselle et en région liégeoise où seule la phase à froid devrait survivre. Devrait, car Mittal, face à la résistance des syndicats belges, n'a pas hésité à brandir la menace d'un arrêt complet des activités. Un coup de bluff de la part du sidérurgiste? Difficile à affirmer car la situation liégeoise est particulière, avec une phase à froid elle-même à la limite de la rentabilité. L'industrie automobile, en Belgique, est moribonde et l'activité du froid n'y est plus soutenue que par le secteur de la construction, analyse encore M. Van Caillie. Ce dernier est par ailleurs revenu sur les propos du ministre français du redressement productif, Arnaud Montebourg. Affirmant que Mittal n'est plus le bienvenu en France, le ministre socialiste a évoqué une nationalisation temporaire du site mosellan. Les situations des 2 côtés de la frontière ne sont pas comparables car il semble qu'un repreneur puisse être trouvé pour Florange, qui bénéficie de la présence en France de grands constructeurs automobiles, nuance Didier Van Caillie. Le droit français est également assez ouvert aux nationalisations, nombreuses lors du premier septennat de François Mitterrand, au début des années '80. En Belgique, c'est plus rare mais la question pourrait être débattue et argumentée, conclut le professeur.