Noël Godin, né à Liège le 13 septembre 1945, est décédé dimanche à l'âge de 80 ans. Cet auteur et réalisateur d'inspiration anarchiste a défrayé la chronique pendant de nombreuses années grâce à ces "attentats pâtissiers".
Parmi les nombreuses "pompeux cornichons" victimes de ses tartes à la crème figurent des personnalités telles que Bill Gates, Nicolas Sarkozy, Bernard-Henry Lévy, Marguerite Duras, Patrick Poivre d'Arvor, Maurice Béjart ou encore Patrick Bruel.
A la fin des années soixante, alors qu'il est chroniqueur dans une revue de cinéma pour laquelle il écrit de manière pour le moins libre, Noël Godin découvre l'existence de Georges Le Gloupier, un personnage imaginaire que le journaliste français Jean-Pierre Bouyxou s'amuse à mettre dans toutes sortes de situations.
Le trublion belge s'empare alors du personnage et invente un entartage qu'il aurait commis sur le réalisateur Robert Bresson. A chaque entartage, l'assaillant poussait des "Gloup! Gloup!" avant de frapper.
Première victime
De la théorie, Bouyxou et Godin décident de passer à la pratique. Leur première victime, en décembre 1969 à Louvain, sera Marguerite Duras.
Après plusieurs entartages dont celui de Maurice Béjart à Bruxelles, Jean-Pierre Bouyxou continuera à faire vivre le Gloupier dans ses écrits, tandis que Noël Godin et d'autres complices en seront le "bras armé".
BHL, recordman d'entartage
Selon le récit qu'il en fait dans son livre "Entartons, entartons les pompeux cornichons!" (2005), celui qui incarnait Georges Le Gloupier s'en prendra ensuite, lors du festival de Cannes, aux réalisateurs Marco Ferreri (1976) et Jean-Luc Godard (1985). Ce dernier réagira avec humour, contrairement à Bernard-Henry Lévy, qui deviendra dès lors la cible principale des terroristes pâtissiers.
Le philosophe, entarté à huit reprises par la bande du Gloupier entre 1985 et 2015, subira ses foudres pour la première fois à Liège. Sa violente réaction, alors que l'entarteur est au sol en train de lâcher son fameux "gloup gloup", lui vaudra les moqueries de Desproges et Coluche. Elle fera également l'objet d'une mémorable parodie dans "Les Carnets de Monsieur Manatane" de Benoit Poelvoorde et Renaud y consacrera une chanson en 2012.
"Il restera toujours pour nous la tête à tarte par excellence. C'est l'incarnation du pouvoir dans toute son horreur et nous avons le poil particulièrement hérissé par son arrogance nombrilesque. Il se prend tragiquement au sérieux, est de plus en plus influent et absolument antipathique", expliquait Godin dans une interview aux Inrocks en 2015.
Bill Gates en 1998
Suivront le ministre belge Edouard Poullet (1987), le cinéaste Jean Delannoy (1988), le romancier Vladimir Volkoff (1993), les journalistes Alain Bévérin (1993) et Patrick Poivre d'Arvor (1996), le patron d'Antenne 2 Jean-Pierre Elkabbach (1994), le ministre français Philippe Douste-Blazy (1995), les animateurs Pascal Sevran (1995) et Benjamin Castaldi (2001), le producteur Daniel Toscan du Plantier (1996), l'ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement (2002), le public du concours musical Reine Élisabeth (1999), les politiques québécois Bernard Landry (2000) et Jean Charest (2003) ou encore le rappeur Doc Gynéco (2007) ou l'ancien archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr André-Joseph Léonard, en (2011).
Les "attentats" visant Patrick Bruel, en 1993 à Bruxelles, Hélène Rollès, en plein concert en 1995, et Nicolas Sarkozy, à Bruxelles également en 1997, ont eux été perpétrés par des complices, tout comme Michael O'Leary, le flamboyant patron de Ryanair, en septembre 2023. Il fut sa dernière victime de marque.
Au final, très peu de victimes ont intenté des actions en justice et seul Jean-Pierre Chevènement a obtenu des dommages.
De son propre aveu, l'entartage dont Noël Godin était le plus fier est celui commis sur Bill Gates, en 1998 à Bruxelles. Cette action, au retentissement sans précédent, suscitera la création de nombreuses brigades d'entarteurs au quatre coins du monde, que le Gloupier qualifiait de véritable "Internationale pâtissière".