L'avocat général Marianne Lejeune a requis lundi, devant la cour d'assises de Liège, une double culpabilité d'assassinat contre Rita Henkinet et contre son frère Benoît, considérant que celui-ci avait assisté sa soeur dans son projet criminel. J'ai le droit de vivre même si je suis différent, a-t-elle dit au début de son réquisitoire. Le ministère public a contesté par ces mots le processus mis en place par l'accusée et sa décision d'enlever les vies de ses deux enfants handicapés.Selon l'accusation, Rita Henkinet, âgée de 57 ans, a considéré qu'elle avait le droit de vie et de mort sur ses enfants. Mais elle les a trahis et elle n'a pas commis un geste d'amour, comme elle le prétend. On ne tue pas par amour, on tue par insuffisance d'amour! , a lancé Mme Lejeune. Pour l'avocat général, c'est en 2009 qu'un tournant est intervenu dans la vie de Rita Henkinet. L'accusée avait déjà vécu la difficile vie de mère d'enfants handicapés. Mais cette année-là, elle a souffert d'un problème gynécologique, sa fille a subi une intervention chirurgicale, le père des enfants n'a plus souhaité honorer les pensions alimentaires et Arnaud est passé en régime d'autonomie. Selon Marianne Lejeune, Rita Henkinet s'est sentie délaissée par ses enfants et en manque d'écoute des éducateurs. En mère possessive, elle voulait intervenir en permanence pour ses enfants et n'acceptait la manière dont ils étaient pris en charge par l'institution. L'avocat général a souligné que l'accusée est alors devenue plus virulente et plus ferme envers les psychologues et les éducateurs. Elle voulait de plus en plus intervenir. Le fossé s'est creusé entre elle et l'institution. Ce processus s'est intensifié en 2010 et 2011. Rita Henkinet se sentait rejetée car on ne lui demandait plus son avis. Elle a alors considéré que ses enfants souffraient. Pour le ministère public, c'est à sa propre souffrance que la quinquagénaire a mis fin et non pas à celle de ses enfants. Elle déprimait de ne plus avoir ce lien avec ses enfants. Mais ce n'est pas une maladie mentale. Sans plus savoir ce qu'elle devait faire, elle a transformé ses difficultés en souffrances. Elle était également possessive et jalouse face à la famille Granville et aux éducateurs. Pour elle, la seule solution d'arrêter cette souffrance était d'intervenir et de décider que tout le monde devait disparaître, a relevé l'avocat général. Marianne Lejeune a également requis une double culpabilité d'assassinat contre Benoît Henkinet, en considérant qu'il avait d'abord conforté puis soutenu sa soeur dans son passage à l'acte. Le ministère public a soutenu que l'accusée n'aurait pas commis les faits si son frère n'avait pas été à ses côtés. Il était convaincu que c'était la seule solution. Il a fait en sorte qu'elle passe à l'acte. Depuis longtemps, il l'avait assistée, confortée et stimulée dans ses idées de passer à l'acte, a-t-elle affirmé.