Cinq récits, cinq regards sur notre époque

Tom Cruise métamorphosé, un documentaire consacré aux frappes israéliennes à Gaza, un thriller psychologique, une plongée dans l’administration de Vichy et la perte de l'innocence : cette semaine, CUT explore cinq univers radicalement différents.

Publié le 30 septembre 2026 à 19:31

À propos de cet épisode

 

Digger : Tom Cruise méconnaissable

C’est l’une des grosses sorties de ce début d’automne. Alejandro González Iñárritu, réalisateur de The Revenant et Birdman, revient avec Digger, une comédie catastrophe aussi spectaculaire que déjantée, portée par un Tom Cruise totalement méconnaissable.

Derrière les images spectaculaires, une photographie particulièrement travaillée et des décors impressionnants, Digger porte un regard féroce sur notre époque et, notamment, sur la manière dont les puissants répondent à la crise climatique.

Grandes entreprises et gouvernements passifs en prennent pour leur grade. Le film questionne notamment les dérives des grandes sociétés et la dépendance des gouvernements envers celles-ci.

Tom Cruise est entouré de quelques grosses pointures, avec notamment Sandra Hüller et John Goodman. Mais c’est surtout sa transformation et sa performance qui retiennent l’attention. Une prestation qui pourrait lui permettre de se faire une place dans la prochaine course aux Oscars.

Naza : au cœur de la mécanique des frappes à Gaza

C’est certainement le documentaire le plus dur de cette sélection. Et contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Naza, avec un Z, n’a rien à voir avec l’agence spatiale américaine.

Le terme est présenté dans le documentaire comme un acronyme hébreu utilisé pour désigner l’évaluation du nombre de victimes civiles potentielles, femmes et enfants compris, dans le cadre de la planification d’une frappe militaire.

Filmé notamment depuis les toits de Tel-Aviv, Naza se penche sur les mécanismes utilisés par l’armée israélienne dans ses opérations à Gaza. Le documentaire s’appuie sur des témoignages et des explications pour décrire de l’intérieur la manière dont les pertes civiles potentielles sont évaluées et intégrées aux décisions militaires.

Ce qui frappe également dans les témoignages, c’est le détachement avec lequel certains militaires évoquent ces victimes civiles.

Un film particulièrement dur et dérangeant, qui interroge frontalement la conduite de la guerre à Gaza et la place accordée aux victimes civiles.

Verity : un manuscrit qui fait voler les apparences en éclats

Changement radical d’univers avec Verity, l’adaptation du best-seller de Colleen Hoover. Anne Hathaway, Dakota Johnson et Josh Hartnett composent le trio principal de ce thriller psychologique particulièrement sombre.

L'histoire débute lorsqu'une jeune romancière sans le sou reçoit une proposition aussi inattendue que difficile à refuser. Elle doit terminer la série de romans de Verity, une célèbre autrice qui n’est plus en mesure d’écrire.

Engagée par le mari de cette dernière, elle s’installe dans leur demeure afin de consulter les notes laissées par l’écrivaine. Mais ses recherches prennent une tournure beaucoup plus inquiétante lorsqu’elle découvre un manuscrit.

Ce texte révèle une version radicalement différente de celle qu’on lui a racontée et fait progressivement voler en éclats l’image qu’elle s’était construite de Verity.

L’intrigue devient alors de plus en plus sombre et oppressante. Tout l’intérêt repose sur une question : qui croire ? Au fil de l’histoire, il devient de plus en plus difficile de savoir où se trouve réellement la vérité.

Notre Salut : la collaboration derrière un bureau

Pas de champs de bataille, de combats ou de grandes scènes de guerre dans Notre Salut. Pour raconter la collaboration française pendant la Seconde Guerre mondiale, le réalisateur Emmanuel Marre choisit un terrain beaucoup plus discret : les bureaux de l’administration de Vichy.

C’est là, dans le silence feutré des bureaux, que l’innommable s’organise aussi, texte après texte.

Au centre du récit, un ingénieur ruiné, séparé de sa famille, qui arrive à Vichy avec peu de choses en poche, si ce n’est ses théories sur la rationalisation du travail et le management, réunies dans un traité intitulé Notre Salut. Mais l’homme possède surtout une ambition considérable.

De petit emploi en petit emploi, jusqu’au ministère du Travail, il se rapproche progressivement des lieux de pouvoir.

À travers son parcours, le film montre comment les régimes totalitaires peuvent s’appuyer sur des individus ordinaires, avides de reconnaissance, pour bâtir leur pouvoir.

Un film glaçant qui explore, à hauteur d’homme, la terrifiante banalité du mal.

Mémoire de fille : Judith Godrèche adapte Annie Ernaux

Avec Mémoire de fille, Judith Godrèche passe derrière la caméra pour adapter le récit d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022.

Le film suit une autrice qui revient à Rouen, la ville de son enfance, à l’occasion d’une séance de dédicaces. Mais ce retour fait ressurgir le souvenir de l’été 1958 et de sa première nuit avec un homme.

À partir de cette expérience, Mémoire de fille questionne la domination masculine et la perte de l’innocence. Le film aborde également la reconstruction après un traumatisme et la manière dont celui-ci peut continuer à façonner une vie des décennies plus tard.

Judith Godrèche confie le rôle principal à sa propre fille, Tess Barthélemy, qui campe un personnage confronté à la perte de son innocence.

L’adaptation trouve forcément un écho particulier dans le parcours personnel de Judith Godrèche, devenue ces dernières années l’une des figures du mouvement MeToo dans le cinéma français.

 

Ces cinq films sont à découvrir cette semaine dans CUT. Et pour prolonger la séance, des places de cinéma sont également à gagner via la page concours de qu4tre.be.

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