Damien Leboutte
Après plusieurs jours de tensions à Liège, le procureur du Roi Damien Leboutte décrypte la réponse de la justice, le sort réservé aux mineurs et les limites d’une institution toujours sous pression.
À propos de cet épisode
Après plusieurs jours de tensions à Liège, la question n’est plus seulement de savoir comment éviter de nouveaux débordements, mais aussi comment la justice entend répondre aux violences commises en marge des manifestations. Invité d’Actu L, Damien Leboutte, procureur du Roi de Liège, revient sur une situation qu’il décrit comme exceptionnelle par sa durée et sa répétition.
Le magistrat insiste d’emblée sur une distinction essentielle : d’un côté, des jeunes qui manifestent pacifiquement et exercent un droit fondamental ; de l’autre, des groupes qui profitent des rassemblements pour commettre des dégradations ou s’en prendre aux forces de l’ordre. Pour lui, dès que des individus masqués viennent avec l’intention de casser, on quitte le terrain de la manifestation pour entrer dans celui de la violence urbaine.
Arrestation administrative ou judiciaire : quelle différence ?
L’entretien permet aussi de clarifier une notion souvent mal comprise. Une arrestation administrative vise avant tout à prévenir un trouble à l’ordre public. Elle peut notamment concerner des personnes contrôlées avec du matériel laissant craindre des débordements, sans qu’une infraction ait encore nécessairement été commise. L’arrestation judiciaire, elle, intervient lorsqu’il existe des faits susceptibles de constituer une infraction et ouvre la voie à une enquête pénale.
Cette différence est au cœur de la réponse apportée à Liège. Le parquet affirme vouloir agir rapidement lorsqu’une infraction est constatée, tout en rappelant que le travail judiciaire ne s’arrête pas au soir des incidents. Vidéos, images et recoupements peuvent permettre d’identifier ultérieurement des auteurs qui n’ont pas été interpellés au moment des faits. Damien Leboutte évoque ainsi des arrestations réalisées après analyse des images des jours précédents.
Mineurs : une réponse judiciaire adaptée, mais bien réelle
La présence de très jeunes participants dans les incidents constitue l’un des points les plus marquants de l’échange. Le procureur explique que la minorité n’empêche pas une intervention judiciaire. Les mesures applicables diffèrent de celles prévues pour les adultes et tiennent compte notamment de la gravité des faits, du parcours du jeune et de son environnement.
Il se dit particulièrement interpellé par l’âge de certains mineurs contrôlés ou impliqués dans des dégradations. Le parquet entend, selon lui, maintenir une ligne ferme à l’égard des faits de violence, tout en laissant au juge de la jeunesse le soin de déterminer la mesure la plus appropriée. La vidéo revient en détail sur ce que risquent concrètement les mineurs et sur les critères examinés par la justice.
Réseaux sociaux, réactions des commerçants et limites de la légitime défense
Autre enjeu : les réseaux sociaux. Damien Leboutte rappelle qu’ils font l’objet d’une veille policière et qu’un message publié en ligne peut avoir des conséquences judiciaires lorsqu’il constitue un appel à la violence, à la haine ou relève d’une autre infraction. Il met également en garde contre les raccourcis : à ce stade, dit-il, il ne dispose pas d’éléments suffisants pour attribuer l’organisation des violences à un mouvement politique déterminé.
L’émission aborde aussi la réaction de commerçants et de forains face aux dégradations. Le procureur rappelle qu’on ne peut pas se faire justice soi-même et précise les limites de la légitime défense. Il évoque néanmoins la nécessité d’examiner chaque dossier avec discernement, notamment lorsqu’un commerçant cherche à protéger son établissement.
Une justice qui va mieux, mais reste sous pression
Enfin, l’entretien revient sur les moyens du parquet et de la police. Damien Leboutte estime que la situation du parquet de Liège s’est améliorée par rapport à l’année précédente, sans être pour autant satisfaisante. Les effectifs restent insuffisants et les délais judiciaires demeurent longs. Les incidents récents risquent donc d’ajouter encore de la charge à des services déjà fortement sollicités.
Combien de temps faudra-t-il pour identifier tous les auteurs ? Quelles suites judiciaires seront données aux dossiers ? Et jusqu’où la justice peut-elle aller face à des mineurs ou à des appels à la violence en ligne ? Damien Leboutte répond point par point dans Actu L. Regardez l’émission pour comprendre les mécanismes judiciaires derrière les arrestations et les choix du parquet de Liège.
Actu L
Actu L, un talk-show avec une invitée liégeoise ou un invité liégeois qui fait l’actualité...
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